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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 08:43

13-05-02-042

Bonjour les amis !

C’est le week-end et vous avez peut-être deux minutes  de repos pour lire… Mais si vous ne le faites pas, ce n’est pas grave, la terre ne s’arrêtera pas de tourner ! et moi ni de vieillir ni d’écrire !

 

Madame dort encore….

Madame…

Tout le monde l’appelle ainsi, sauf dans le privé, un privé très très restreint qui parfois l’appelle ainsi également par dérision.

Madame est issue d’une lignée noble, devenue bourgeoise désargentée à cause des guerres, mais élevée dans ce moule Madame en a gardé la forme.

Madame est classe. Madame ne pleure pas, Madame ne demande rien et pourtant se fait servir, Madame ne crie jamais, elle tue d’un mot, calmement, sans bruit et vous déchire le cœur juste là où cela fait le plus mal. Quand Madame veut se débarrasser de quelqu’un, elle ne dit rien mais sait réduire l’autre à rien, qu’il n’arrive pas à la hauteur de ce qu’elle en espérait et qu’il ferait mieux d’aller ailleurs. La personne alors, honteuse, se retire d’elle-même. Madame parle au petit peuple avec une gentille condescendance. Jamais agressive, au-dessus de la mêlée, et le résultat est que tout le monde respecte et aime Madame, du moins d’une certaine façon !

Madame dort encore et elle rêve…Elle se voit petite fille bouclée et blonde, dans sa jolie robe bordée de fourrure en train de travailler son piano dans le salon, à la lumière de deux petits singes de porcelaine qui s’embrassent.

Poliment la petite fille demande à la bonne un verre de lait. La bonne est également la nourrice et elle est le cœur humble de la maison. Elle écoutait avec une admiration passionnée cette petite fille si jolie qui avait tout pour elle. Elle aimait cette petite avec adoration presque aussi puissante que celle qu’elle avait pour son Dieu. Mais là, la bonne éreintée s’était assise, n’a pas bougé tout de suite. Alors la jeune Mademoiselle avant d’être Madame, sans se retourner de peur de voir cette fatigue qui la gênerait, jette simplement, calmement par-dessus son épaule : « Maintenant ! » et tout de suite la bonne trotte à l’office…

Et allez savoir pourquoi, disant « maintenant ! » Madame s’éveille avec une drôle d’impression… Une gêne… Elle ne comprend pas ce qui se passe, elle a comme un nœud dans la gorge et cette image lui reste, brutale…? Mais elle ne pense pas que cela puisse être sa conscience, tout cela était si normal et naturel dans ce milieu et à cette époque…

Madame se sent triste sans comprendre,. Elle est fatiguée… Elle regarde autour d’elle et ne reconnait pas la pièce… Une chambre puisqu’elle est sur un lit, mais pas SA chambre car elle n’y retrouve rien de familier. Un rayon de soleil filtre à travers les rideaux tirés, ce doit être l’après-midi car il fait chaud, cela sent l’été… Mais l’angoisse l’étreint elle ne reconnait pas son univers familier au travers de l’ombre de ses yeux usés… Qui l’a transportée dans cette chambre qui n’est pas la sienne ? Machinalement elle tend la main d’un geste tellement habituel, cherchant de la pulpe de ses doigts aux ongles toujours très longs qui l’empêchent de prendre sans griffer… Elle tâte et IL n’est pas là…. L’angoisse enfle en elle…Elle se relève légèrement sur son coude pour tenter de voir autour d’elle, sur la chaise… Elle est seule, dans une chambre inconnue et il n’est pas là, près d’elle, comme tous les jours de sa vie, son réconfort, sa tendresse, sa sécurité n’est pas là…

A quoi bon se réveiller, elle est trop fatiguée, se laisse retomber sur l’oreiller et referme les yeux, allongée sur ce lit inconnu…Trop fatiguée, pas envie de savoir, de chercher, trop fatiguée pour se battre… dormir… mourir…. Elle se laisse glisser dans l’oubli  pour ne plus savoir ses mains vides, l’air qui caresse ses épaules … C’est à peine si elle se pose la question de qui le lui a pris ? Où est-il ? Elle glisse vers le fond du renoncement.

C’est alors que le téléphone sonne.
Ce téléphone compagnon de sa vie professionnelle et privée, lui laisse le reflex de se tourner légèrement pour attraper le combiné :

-Allo ? Je n’entends pas !

-Oreille gauche !!! Oreille gauche !

-Oreille gauche ? Attendez…Ca y est

-Tu m’entends ?

-Ah oui , tu as raison, avec celle-là, j’entends !

-Comment vas-tu Maman?

-Ca va !

-Tu as l’air triste…

-Non, oui, enfin je me sens bien seule et je ne sais ce qui m’arrive, je ne reconnais pas où je suis…

-Tu es dans une maison de convalescence maman (convalescence c’est moins définitif que retraite et les enfants ont préféré ce mot pour leur mère)

-Ah ? ah oui… Mais…Ce n’est pas ma chambre, si ?

-  Oui Maman.

-Mais IL n’est pas là…

-Tu es certaine ?

-Je vois mal mais j’ai cherché sur le lit, rien, sur le fauteuil non plus, et je me demande bien où il pourrait se mettre ailleurs dans une pièce pareille !

-En effet. Bon, ne t’inquiète pas je vais demander à ce qu’il te soit rapporté…Cela fait déjà trois fois que je réclame, mais les filles sont tellement débordées…

-Oh tant pis, laisse tomber,  ne dérange pas tout le monde pour ça, tu sais, maintenant ça va avec le reste, je n’ai plus rien à défendre, plus rien à garder, plus besoin de rien… J’m’en fiche….Déjà ce ne sont même pas mes vêtements que j’ai sur moi, je ne suis plus rien…J’en ai marre, je suis fatiguée.

-Non Maman, ne t’inquiète pas, tu as droit à ton petit copain, et tu l’as depuis si longtemps auprès de toi, c’est normal qu’il te manque. On va le retrouver ! »

 

-« Allo Mademoiselle, je viens d’avoir Madame au téléphone, il faut absolument que vous cherchiez dans la maison pour lui retrouver le seul moyen de la rattacher à SA vie, à son identité, celle d’avant d’être ici, c’est son « doudou », son moral en dépend, s’il vous plait, retrouvez lui son grand châle qu’elle a tricoté et n’a plus quitté depuis de années…. »

Hélène Porcher le 15 juillet 2017

 

C’est évidemment inspiré un peu de ma vie personnelle mais pas complètement, pas dans tous les détails inventés…

Ce qui reste vrai c’est que quand on a tout perdu, un détail peut avoir une énorme importance. Quand on est âgé, arraché de chez soi, de ses habitudes, mis dans un lieu inconnu alors que la mémoire vous manque, que vous n’entendez pas grand-chose et que vous ne voyez pas plus, un simple châle familier devient irremplaçable. S’il était perdu nous pourrions lui en acheter un autre que cela ne servirait à rien.

Je ne fais là aucun reproche au personnel de la maison « de convalescence », ils sont tous charmants et attentifs. Ce ne sont que des difficultés que j’ai déjà rencontrées avec mon amie Maryvette. Le linge part à la laverie. Les vêtements sont marqués, certes, mais quel travail de devoir trier ! Alors les pensionnaires sont habillés de ce qui tombe sous la main. Maman ne s’en plaint pas, elle a dépassé cela et se plaint si rarement. Elle est dure pour les faibles mais docile face à l’autorité au-dessus d’elle. Là elle a décroché tout simplement. Maryvette par contre souffrait terriblement, dégoûtée de porter les vêtements de quelqu’un d’autre, très attachée à sa coquetterie avec des goûts très déterminés et comme elle a eu la chance de garder sa tête et ses défenses jusqu’au bout de sa vie, les filles avaient intérêt à lui retrouver ses propres habits !!!

Parfois ce sont les pensionnaires, mal intentionnés ou un peu perdus, qui subtilisent des choses. Mais pour ce châle ce n’est que retard dans le tri du linge je pense.

 

Je vous souhaite un bon dimanche à tous, prenez soin de vos anciens avec autant de patience que vous le pouvez, ce n’est pas toujours facile !!!

Je vous envoie mille et un baisers ! A lundi !

LN

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